Se reconstruire après les traumatismes : de la survie à la renaissance
- Alexandre Marhoefer
- 11 oct.
- 6 min de lecture

Il y a des enfances qui se vivent comme des hivers sans fin.
Des années où l’on apprend à grandir sans amour, sans repères, avec la peur comme seule boussole.
Ce texte n’est pas une plainte, ni une revanche.
C’est le témoignage d’un cheminement : celui d’un enfant qui a survécu à ce qu’il n’aurait jamais dû vivre, et d’un adulte qui a choisi de transformer cette douleur en lumière.
L’enfance dans la peur : quand le monde n’est pas un refuge
Un traumatisme d’enfance, ce n’est pas seulement un événement.
C’est un climat, une répétition, une atmosphère où l’enfant comprend vite que le monde n’est pas sûr.
La violence ne se limite pas aux coups.
Il y a la violence morale, les humiliations, le mépris silencieux, les menaces déguisées en amour.
Il y a aussi l’homophobie, brutale à l’extérieur, insidieuse à l’intérieur du foyer.
Quand on est enfant et que l’on ressent tout, mais qu’on ne peut rien dire, chaque regard devient une arme, chaque silence un avertissement.
Un enfant qui n’est pas aimé apprend à devenir utile.
Un enfant qui n’est pas écouté apprend à se taire.
Je ne décrirai pas les scènes. Je dirai seulement que j’ai grandi avec la peur d’être de trop, la peur d’être moi, la peur d’être puni pour ma sensibilité.
Quand on vit ça, on se construit dans le brouillard : on observe, on devine, on anticipe.
On ne joue plus, on survit.
Et ce sentiment, celui d’être un pion dans un monde d’adultes, laisse des traces profondes : il fait croire que notre existence dépend toujours de quelqu’un d’autre.
Qu’on doit mériter l’amour pour le garder.
Les cicatrices invisibles : comprendre les traces du trauma
Les blessures d’enfance ne disparaissent pas avec le temps.
Elles s’enfouissent, se transforment, se déguisent mais elles continuent de parler à travers le corps, les émotions et les relations.
1- Le corps
Le corps se souvient. Même quand la tête veut oublier, lui garde la mémoire des peurs. Chaque tension, chaque sursaut, chaque insomnie raconte une ancienne alerte. C’est la mémoire somatique : celle qui protège, mais qui épuise.
2-Le cœur
L’enfant blessé devient souvent un adulte hypersensible. On ressent tout trop fort, on veut comprendre tout le monde, on cherche la paix à n’importe quel prix. Mais derrière cette douceur se cache souvent la peur d’être abandonné encore. Alors on s’adapte, on donne, on s’oublie.
3. L’âme
Quand la douleur est trop grande, l’âme s’éloigne. On se dissocie : présent sans l’être, vivant sans ressentir. C’est un réflexe de survie, mais à long terme, il crée un vide intérieur une distance avec soi-même.
“Les traumatismes ne s’effacent pas avec le temps. Ils s’apaisent quand on les regarde avec tendresse.”
Les mécanismes de défense : ces masques qui nous ont sauvés
Pour survivre, on se fabrique des masques. Des personnages qui nous permettent d’exister sans nous exposer.
Le fort, qui ne montre rien.
Le sage, qui comprend tout trop tôt.
Le parfait, qui veut mériter sa place.
Le clown, qui dédramatise pour apaiser les autres.
Le sauveur, qui s’oublie pour sauver ceux qui souffrent.
Ces rôles nous ont protégés, mais ils nous empêchent de respirer une fois adultes.
Ils deviennent des prisons invisibles. Le vrai courage, ce n’est pas de tenir le masque :c’est de l’enlever.
“Cesser de survivre, c’est oser être soi — même tremblant.”
Le basculement : de la survie à la conscience
Il y a un moment où tout change. Pas un grand fracas, mais un murmure intérieur :“Je ne veux plus survivre. Je veux vivre.”
C’est le moment où l’on arrête d’attendre que la reconnaissance vienne de l’extérieur. Où l’on comprend que la guérison n’est pas une réparation du passé, mais un changement de regard sur lui.
Déconstruire, c’est désapprendre la peur. C’est remettre en question les croyances héritées :
“Je dois plaire pour être aimé.” “Je ne mérite pas mieux.” “Je dois toujours être fort.”
C’est redonner du sens à sa propre histoire. Car non, ce qu’on nous a fait ne définit pas ce que nous sommes. Ce que nous décidons d’en faire, oui.
“La survie m’a gardé debout. Mais la conscience m’a appris à marcher autrement.”
Se déconstruire pour mieux se reconstruire
La déconstruction est une étape difficile. Elle oblige à revisiter ce qu’on a enfoui, à nommer les vérités qui font encore trembler. Mais elle est nécessaire, car on ne peut pas bâtir du solide sur du mensonge.
Se déconstruire, c’est :
nommer sans se noyer ;
rendre ce qui ne nous appartient pas (la honte, la peur, la culpabilité) ;
briser les loyautés envers la douleur ;
déposer la colère, sans la nier.
C’est un travail lent, mais profondément libérateur. C’est le moment où l’on cesse de vouloir réparer l’enfant, et où l’on commence à l’accompagner.
Se reconstruire : réapprendre à vivre
Reconstruire, c’est apprendre à exister dans la douceur. C’est réapprendre les gestes simples : respirer, dormir, manger, ressentir. C’est retrouver le droit d’avoir peur, sans en être prisonnier.
J’ai choisi la création comme chemin de reconstruction. Créer, c’est transformer. À travers mes bijoux, mes guidances, mes mots, je redonne forme à l’invisible. Je transforme la douleur en matière, en beauté, en symbole.
Chaque création est une prière silencieuse :celle d’un homme qui a décidé de vivre autrement.
“Créer, c’est dire au monde : regarde, de mes cicatrices, j’ai fait une œuvre.”
Aimer autrement : la tendresse comme victoire
Quand on a grandi dans la peur, aimer devient un apprentissage. On doit réapprendre à faire confiance, à recevoir, à exister dans le regard de l’autre sans s’effacer.
J’ai compris que l’amour n’est pas là pour réparer. L’amour vrai n’a rien à prouver : il accompagne, il éclaire, il libère. Et pour pouvoir aimer ainsi, j’ai dû d’abord m’aimer moi-même.
Non pas d’un amour narcissique, mais d’un amour réparateur : celui qui prend soin du petit garçon à l’intérieur, qui lui dit enfin :“Tu n’as plus à prouver. Tu es déjà assez.”
Créer du sens : de la blessure à la mission
J’ai longtemps cru que mon passé était un fardeau. Aujourd’hui, je sais qu’il est ma source. Il m’a appris la compassion, la lucidité, la patience et la foi. Il m’a appris à voir la beauté dans les fissures.
Ce que je fais aujourd’hui mes bijoux, mes guidances, mes mots n’est pas un hasard. C’est le prolongement de mon parcours. Je transforme ce que j’ai vécu en ponts, pour que d’autres puissent traverser à leur tour.
“Ce que tu as traversé n’est pas une punition. C’est un matériau de lumière, si tu décides d’en faire une œuvre.”
Et maintenant, l’adulte que je suis
Aujourd’hui, j’ai 28 ans. Et je ne cherche plus à guérir de tout. Je sais qu’il y a des blessures qui ne se ferment jamais complètement et j’ai fait la paix avec cette idée. Je ne suis plus dans la lutte, ni dans la fuite. Je suis dans l’équilibre.
Je sais reconnaître mes tempêtes. Je sais anticiper les moments où tout semble flou, ces instants où l’on avance sur un fil qui bouge. Mais aujourd’hui, je ne panique plus. Je sais que le fil tient.
Je n’ai plus de colère envers ceux qui ont abîmé mon âme. Cette colère m’a quitté le jour où j’ai compris que rester en guerre, c’était encore leur laisser une place. Je ne cherche pas à excuser, je cherche à ne plus nourrir.
L’adulte que je suis a choisi la paix. Il a appris à marcher main dans la main avec l’enfant qu’il était. Je l’écoute, je le rassure, je l’apaise. Et ensemble, nous avançons.
Je ne cherche plus à être guéri, je cherche à être vivant. Et dans cette sincérité, je me découvre heureux.
“Je marche avec lui, main dans la main. L’enfant blessé et l’homme apaisé avancent ensemble, non plus pour fuir le passé, mais pour écrire la suite.”
Vivre une enfance marquée par la peur, le rejet ou la honte ne s’arrête pas aux portes de l’enfance. Cela laisse en nous des failles visibles pour certains invisibles pour d’autres que le monde perçoit sans même les comprendre. Et c’est souvent dans ces fragilités-là que d’autres violences viennent se glisser.
Quand on a appris à se taire trop tôt, on devient la proie idéale du silence des autres.
L’adolescence, pour beaucoup d’enfants blessés, devient un terrain d’échos :le harcèlement scolaire, le rejet, la mise à l’écart ne sont pas que des coïncidences. Ils prolongent, sous une autre forme, ce que l’on a déjà connu :le non-droit d’exister librement.
J’en parlerai dans un prochain article, car comprendre le lien entre les blessures d’enfance et le harcèlement vécu à l’adolescence, c’est aussi ouvrir un espace de compréhension et de prévention pour ceux qui grandissent encore dans le silence.
Je ne crois plus à la perfection. Je crois à la vérité. Je crois à la lumière qu’on fait naître quand on ose se regarder avec douceur.
Je ne suis pas le résultat de ce qu’on m’a fait. Je suis ce que j’ai choisi d’en faire. Et si mes mots résonnent en toi, c’est peut-être que ton cœur sait déjà :tu n’as pas besoin d’être guéri pour être entier. Tu as juste besoin de te choisir avec tout ce que tu es.
Alexandre, Les Bijoux Magiques.


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